Aller au contenu principal

Déjà quatre mois à Zicavo

Publié le 06/02/2026

Voilà déjà plus de quatre mois que je suis arrivé à Zicavo, et malgré le travail accompli, le personnes rencontrées et les expériences vécues, être à la moitié de mon contrat signifie que je commence déjà à me dire qu’il faut que je profite, que ce que je vis est unique et que peu de personnes ont la chance de pouvoir s’embarquer dans une telle aventure.

Tout a commencé mi-septembre 2025. Après 900 kilomètres parcourus en une journée et la traversée en ferry effectuée, j’arrive au village de Zicavo, en Corse-du-Sud. Je suis immédiatement accueilli par le maire du village ainsi que par Mireille, ma référente. Ayant 8 mois pour accomplir ma mission, je m’engage rapidement dans dix projets à la fois: création d’une exposition sur la mémoire du village qui aura lieu au printemps, création d’un site internet pour mettre en valeur le patrimoine de la commune, interviews des habitants, rédaction d’un petit guide de visite, publications sur instagram, et ainsi de suite… Le projet central de ma mission étant la rédaction d’une synthèse de tout le patrimoine bâti du village, sorte de mémoire que je consacre à Zicavo et où chaque bâtiment possède sa fiche. Avoir autant de projets peut s’avérer frustrant car je manque parfois de visibilité sur mes avancements, mais cela me permet de ne jamais faire la même chose d’une journée à l’autre. 

Ici, je perçois immédiatement que le temps ne passe pas de la même manière qu’ailleurs. Au milieu des montagnes, à des dizaines de kilomètres d’Ajaccio, on vit au rythme de la nature et des saisons qui lentement défilent. Si l’on prend le temps de les écouter, les pierres de ce village nous parlent. Elles nous racontent les souffrances et les peurs d’habitants sans cesse en proie à des invasions, des épidémies et des guerres. Elles nous racontent des époques de relative prospérité, où les bergers montaient à l’estive faire paître leurs centaines de bêtes, emportant tout ce qu’ils possédaient à dos d’âne. Les pierres sont témoins de toutes les conditions sociales, des précaires masures de berger sur le plateau du Cuscionu au faste de la maison des Abbatucci, la plus illustre des familles de Zicavo. Elles sont les vestiges matériels d’époques révolues, qu’il me convient de photographier, d’interpréter, de faire connaître.

Zicavo sous la neige
Zicavo sous la neige

Beaucoup d’habitants sont très heureux de voir qu’un projet sur la mémoire du village est en train de naître, ils me donnent souvent de la documentation, des livres, des photographies. Ces documents sont précieux pour moi, car les sources, surtout écrites, sont rares en Corse… Pour pallier ces lacunes, je dois constamment fouiller le site des Archives de Corse; je m’y suis même déplacé en personne. C’est un véritable travail de bénédictin que de fouiller les documents d’archives, car la plupart sont en italien, et l’écriture du XVIIIe siècle n’est pas toujours la plus facile à déchiffrer (quand la moitié d’un cahier n’a pas été mangée par des souris…).

Archives de Corse
Aux Archives de Corse...

Enfin, ce que je retiens avant tout, c’est la générosité et le sens de l’accueil des habitants. Ici, je me sens vraiment au cœur d’une communauté, je suis invité à tous les évènements, du marché de Noël au repas de village. Toutes les personnes que je rencontre ont des histoires à me raconter, une vision personnelle des choses à partager, un conseil à me donner. Ces rencontres sont sûrement ce qu’il y a de plus précieux dans mon quotidien.

Hâte donc de poursuivre pour quatre mois!

Vue de Zicavo
Zicavo vu depuis un chemin de randonnée

 

Corentin Lucas

Zicavo (2A)